M’exprimer sans heurter l’autre

Comment être sûr de m’exprimer sans heurter l’autre ?

Il y a longtemps eu en moi, cette croyance implicite, que la communication Nonviolente (CNV) serait une manière de m’exprimer qui me garantirait que « l’autre va m’écouter et va bien réagir » à mon expression parce qu’elle ne serait pas essence non-violente. 

Lorsque nous abordons nos premières tentatives d’expression CNV, nous mettons ainsi énormément d’énergie à choisir les bons mots, dans le bon ordre… Expression qui nous garantira que nous obtiendrons l’effet tant attendu : « écoute et coopération de la part de l’autre et paillettes sur notre relation ».

Après m’être exprimée en CNV, il se peut que la personne réagisse comme je le souhaitais (hiphiphip hourra, la CNV ça marche vais-je me dire intérieurement !!! ).

Il se peut aussi que la personne réagisse de façon totalement différente de ce que j’espérais. Qu’elle me juge, qu’elle remette en question notre lien, qu’elle se sente blessée ou jugée, voire qu’elle attaque ma manière de parler… ( bah alors ça « marche »pas la cnv ? ).

Notre cerveau fonctionne de manière binaire, il aime catégoriser, simplifier et pour lui une cause produit un effet. Nous avons donc l’illusion que si nous agissons d’une certaine manière (cause) nous allons pouvoir contrôler ou maîtriser le comportement des autres (l’effet).

Pourtant la réalité nous montre quotidiennement qu’elle fonctionne de façon différente que notre biais d’attribution nous le laisse percevoir. 

« La réaction de l’autre s’origine en elle-même » et non pas dans mon expression.

Est-ce que ça veut dire que la CNV est inutile puisque peu importe ce que je dis l’autre va réagir à sa manière ? 

Je crois qu’il y a des modes d’expression qui vont favoriser l’ouverture et le lien ( l’expression girafe en est une ) et d’autres qui augmentent les risques que se vivent des tensions ( l’expression chacal de nos jugements, critiques et étiquettes … ). 

Mais il n’existe rien dans mon expérience qui garantisse la réaction de l’autre.

Réaliser cela est à la fois un deuil pour cette part de moi qui espérait tellement découvrir comment avoir le pouvoir que les autres soient tous à l’écoute et bienveillant grâce à ma superbe expression girafe… mais c’est aussi un gros soulagement de percevoir que je ne suis pas responsable de ce que vivent les autres.

Ainsi, lorsque je souhaite m’exprimer tout en prenant soin de notre relation, je ne suis plus en exigence que tu vives joyeusement ce que je dis, que tu ne sois pas blessé. Mon intention est juste de m’exprimer authentiquement et d’une manière qui me semble pour moi faire le maximum de place à la connexion. 

Ensuite, dans la conscience que je ne suis pas responsable de ce que tu vis, je peux davantage accueillir ton authenticité. 

Bienvenue à toutes tes émotions ! 

Ainsi, si quelque chose en toi est impacté, en ne m’attribuant pas la responsabilité de ton état, je peux t’offrir tout mon espace d’écoute pour accueillir cet impact (sans ramener le focus vers moi en tentant de me justifier, de te faire voir à tout prix ma belle intention de départ).

Pour moi, prendre soin de notre relation ce n’est donc pas me restreindre pour chercher à te dire les choses d’une manière douce mais davantage faire ma part (dans l’expression et dans l’écoute) pour créer un espace où il est plus facile pour chacun d’être soi-même et d’être reconnu dans ce qu’il vit.

Ça vous parle ? Ça réagit en vous ? Partagez en commentaire, tout est bienvenu !

Besoin Chacal Conflit Consentement Culpabilité Demande Empathie Girafe Gratitude Honte Jeux Outils CNV Jugement Écoute de soi Émotion

5 1 voter
Évaluation de l'article
S’abonner
Notifier de

4 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments
Isabelle

« Pour moi, prendre soin de notre relation ce n’est donc pas me restreindre pour chercher à te dire les choses d’une manière douce mais davantage faire ma part (dans l’expression et dans l’écoute) pour créer un espace où il est plus facile pour chacun d’être soi-même et d’être reconnu dans ce qu’il vit. » : hum hum… Ça revient un peu au même puisque pour « créer un espace où il est plus facile d’être soi-même et d’être reconnu dans ce qu’il vit », il faut forcément créer de la confiance mutuelle et cette dernière ne peut venir que de la douceur, de l’empathie et de la gentillesse qu’on aura déployées, en prenant le risque que ça ne marche pas à tous les coups si la ou les personnes en face ne veulent pas jouer le jeu. Ce risque fait peur à la plupart des gens (car beaucoup sont fragilisés par la vie), c’est pourquoi ils refusent de le prendre. Il faut avoir une sacrée force en soi finalement pour mettre cela en pratique jour après jour… C’est peut-être cela la sainteté 😉. Mais c’est très tentant car c’est l’Amour en fait, celui des autres et aussi l’amour de soi. Ne pas s’abaisser, se laisser avoir par tout ce qui est destructeur… Tout un programme… Où est ma bible 😊?